Le nouvel ami de ma mère

Le nouvel ami de ma mère - Samuel Thériault

Ma mère venait me voir un jour, alors qu’elle revenait de vacances. Elle était toute bronzée. Elle avait passé 20 jours au bord de mer au Mexique, et semblait être rayonnante. Elle portait une robe toute blanche, et un chapeau très large qui lui allait à merveille. Étant donné que nous étions encore en début de week-end, elle était venue profiter de ces deux derniers jours de congé pour profiter de mon jardin et du soleil. Ce qu’elle ne m’avait pas raconté, c’est qu’elle n’était pas revenue de son voyage totalement seule. Elle voulait absolument me faire faire la connaissance de son nouvel ami. Au préalable, je pensais que c’était un Mexicain, étant donné qu’elle était partie au Mexique. Pas du tout, c’était un Suédois. C’est bien la peine d’aller dans un pays du soleil, pour revenir avec un homme dont le pays est synonyme de fjord, donc de froid. Il venait deux heures plus tard à ma rencontre. Si ma mère était toute bronzée, lui était rouge comme un homard. La seule chose qui frappait aux yeux, c’était toutes les tache brune sur la peau qu’il avait, et qui donnait l’impression qu’il avait une peau toute froissée et tachée.

Je l’ai invité à venir s’installer dans le jardin, à l’ombre, pour prendre quelques boissons fraîches, et discuter. Quand il enleva son chapeau, je remarquais un second phénomène typique des gens du nord de l’Europe. Ses cheveux blonds étaient maintenant passés au blanc. Il avait aussi les yeux bleus très clairs. Avec sa peau toute rouge, il ressemblait à un des monstres ratés des héros Marvel. Il parlait très peu anglais, très peu français, très peu hispanique. C’était certainement cela qui avait dû plaire à ma mère. Elle pouvait s’exprimer sans trop se faire comprendre et lui pouvait lui dire des choses qu’elle pouvait imaginer à sa façon.

Ma mère, avec son talent d’oratrice, voulait absolument me raconter leur rencontre, et toutes leurs aventures. C’est à des moments pareils que l’on se rend compte qu’il nous est possible d’écouter certains sujets avec beaucoup de gens, mais qu’il nous est impossible de les admettre de nos propres parents. Je faisais semblant d’être dans l’obligation de répondre au téléphone. Je les laissais presque tout l’après-midi ensemble dans mon jardin. À chaque fois que j’entendais ma mère faire quelques petits gémissements, j’essayais de me boucher les oreilles. Quelle horreur d’entendre sa mère sombrer dans le crétinisme profond du jeu de séduction. Pourquoi est-ce que c’est si difficile de l’admettre venant de nos parents ?